Louise de la Vallière, première maîtresse en titre du roi Soleil

Louise de La Baume Le Blanc, «paravent», maîtresse, puis favorite, par le peintre Claude Lefèbvre

« La constance a des lois qu’on ne veut point entendre ;
Des désirs d’un grand Roi rien n’arrête le cours »

Lorsqu’il a 23 ans, Louis XIV est marié à Marie-Thérèse, infante d’Espagne. La reine est peu cultivée, ne maitrise pas l’art de la conversation et il s’ennuie rapidement de sa compagnie. Il la respecte tout de même en s’assurant qu’elle reçoive les égards dus à son statut de reine et remplit son devoir conjugal en la rejoignant chaque nuit dans sa chambre. Cependant, le roi Soleil ne peut s’en contenter. Homme romantique et passionné, il aime les femmes et s’entiche de la timide Louise de la Vallière pour laquelle il va jusqu’à réhabiliter la tradition des maitresses royales qui avait été interrompue pendant 50 ans lors du règne de son père, « le Chaste » Louis XIII. Le roi rencontre de vives résistances de la part de sa mère Anne d’Autriche et des ecclésiastiques pour imposer sa liaison, jusqu’alors tenue officiellement secrète mais connue de presque tous et vue comme un écart de conduite contraire à la rigueur morale et religieuse. Il attendit donc le décès de la reine-mère pour faire de Louise sa maitresse en titre.

Quand le « paravent » se transforme en première maitresse en titre du roi soleil

Que le roi tombe amoureux de Louise de la Vallière n’est certainement pas prévu. Sans qu’elle en soit avertie, celle-ci doit servir de « paravent » destiné à détourner l’attention de la relation très ambiguë que Louis XIV entretient avec sa belle-sœur Henriette-Anne d’Angleterre. Cette dernière, surnommée Madame, est l’épouse de « Monsieur le frère du Roi », Philippe d’Orléans. Le roi et sa belle-sœur s’entendent alors à merveille, partagent des passions communes – comme celle de la danse – et passent beaucoup de temps ensemble…. Tant et si bien que leur entourage commence à soupçonner des sentiments amoureux naissants et à s’agacer, notamment le mari délaissé et la reine Marie-Thérèse.

Une parade est alors trouvée pour calmer les hostilités : le roi fait croire qu’il s’éprend d’une autre. L’entourage de Madame lui suggéra alors une de ses filles d’honneur : Louise de la Vallière, une jeune blonde aux yeux bleus, discrète et modeste qui ne lui ferait pas d’ombre. Le roi ignore alors qu’elle est secrètement amoureuse de lui.

Louis XIV est rapidement attendri par les sentiments honnêtes et innocents que Louise affiche à son égard. Jeune et vertueuse, elle semble l’aimer pour lui et sans ambition.

Il délaisse rapidement sa belle-sœur au profit de la douce ingénue. Leur relation commence par des longues conversations en public puis en secret, par des échanges de vers puis par des rencontres plus intimes à Versailles, lorsque le château est encore un pavillon de chasse. Malgré leur discrétion, leur liaison se devine aisément. Henriette-Anne est jalouse et la reine Marie-Thérèse l’est encore davantage. Cependant cela n’empêche pas leur idylle de se poursuivre et Louise tombe enceinte. Paniquée, elle ressent de la honte car elle voit cet événement comme la matérialisation de son péché et Louis XIV craint le scandale. Il lui achète alors une maison proche du Palais-Royal dans laquelle elle s’installe en 1663 et y accouche d’un garçon dans la plus grande discrétion. Non reconnu, il est confié quelques heures après sa naissance aux Beauchamp, un couple d’anciens domestiques de l’intendant Colbert. Le même schéma se reproduit pour les suivants. En tout, Louise de la Vallière aura 6 enfants avec Louis XIV. Seuls les deux derniers ont survécu et furent légitimés.

La cohabitation

C’est lorsque la reine-mère Anne d’Autriche décède, soit en 1666, que Louise de la Vallière devient maitresse en titre du roi Soleil. Mais c’est paradoxalement à cause de cette mise en lumière qui ne sied pas à son caractère réservé que débute sa déchéance. Elle commence à le lasser.

Inconnue en Iris (peut-être Françoise-Athénaïs de Rochechouart, marquise de Montespan) par Louis Elle

D’autres femmes de la cour saisissent alors cette opportunité pour mettre en avant leurs charmes et prendre sa place. C’est le cas de Françoise de Tonnay-Charente, une des autres dames d’honneur de la maison de Madame qui se fait appeler Athénaïs. Elle plaît rapidement au roi, attiré par son intelligence et par son charme. Bien que mariée au marquis de Montespan, il ne tarde pas à en faire sa maîtresse en titre.

Louis XIV fait alors comprendre à Louise que son règne est terminé en lui offrant un cadeau de rupture en 1667 : il lui achète le domaine et le château de Vaujours situé en Touraine, lui donne le titre de duchesse. Il reconnait au passage leur plus jeune fille Marie-Anne et leur prochain enfant à venir. Il déclare également à son entourage : « Je n’y retournerai plus ».  Malgré cette disgrâce Louise ne se retire pas dans ses terres. Elle demeure à la cour et s’accroche à l’espoir de reconquérir le coeur et l’attention du roi.

Contre toute attente, sa stratégie fonctionne et désormais, la reine, la marquise de Montespan et Louise doivent se partager le souverain. Il les visite chacune quotidiennement en accordant davantage de temps à Mme de Montespan. Il se tient aussi rigoureusement à une promesse qu’il a faite à la reine lorsqu’il l’a épousée : celle de toujours finir sa nuit chez elle. Les trois femmes, éprouvant naturellement des vifs sentiments de jalousie entre-elles sont contraintes de cohabiter en raison de l’étiquette stricte de la vie de cour imposée par le roi. Tous ses sujets doivent graviter autour de lui selon leur rang. Ainsi, la reine, la plus jalouse de toutes, se retrouve à partager à plusieurs reprises son propre carrosse avec les deux favorites, assise entre-elles.

Le retrait au carmel :

La passion du roi pour Mme de Montespan ne cesse de s’amplifier au détriment de Louise. En 1670, elle subit une fausse couche et contracte une très grave maladie qui lui fait frôler la mort. Profondément croyante et consciente d’avoir vécue dans le péché, elle s’inquiète pour le salut de son âme. Une fois remise de son mal, elle reste tourmentée, déchirée entre la rigueur morale et religieuse et son amour pour le roi qui ne cesse de se désintéresser d’elle.

Gravure représentant le couvent de Chaillot vers 1774.

Elle décide de fuir la cour pour rejoindre le monastère de la Visitation située à Chaillot.  Elle a pour espoir que son départ réveille en Louis XIV son attachement à son égard. Celui-ci réagi peu au départ et se contente d’envoyer Lauzin. Elle refuse de revenir, le roi lui envoie alors Colbert qui a l’ordre de la ramener à Versailles. La raison de cet ordre est davantage politique que sentimentale : on ne quitte pas la cour sans autorisation, c’est une règle et l’enfreindre est une insulte pour le roi.

Lorsqu’elle revient, contrainte, elle reprend place aux côtés de la marquise de Montespan mais celle-ci lui ne cesse de l’humilier dans le but de la faire partir. Elle la traite comme une femme de chambre en l’obligeant à la coiffer et à l’habiller. Elle devient l’objet de moqueries quotidiennes de la part de tous. Comble du malheur, le roi ne fait que traverser en coup de vent ses appartements pour rejoindre la marquise avec qui il reste des heures entières.

Louise demeure et subit cette situation mortifiante parce qu’elle s’impose une pénitence afin de racheter son âme. Elle porte même sous ses robes un cilice : il s’agit d’une ceinture de poils de chèvre rugueuse utilisée dans un but de mortification et de repentance. Elle finit par se retirer au Carmel, un ordre monastique réputé comme extrêmement rigoureux et exigeant, et y reste jusqu’à la fin de ses jours. La reine et Mme de Montespan lui rendront même visite.

Lorsqu’elle décède en 1710, le roi alors âgé de 72 ans manifeste peu d’émotion et déclare avec froideur : « Elle est morte pour moi du jour de son entrée aux carmélites ». Cependant, d’après Simone Berthière, deux signes suggèrent que Louis XIV fut « plus marqué qu’il ne le laissa paraître » : « il se confessa le jour même et communia le lendemain » et « il autorisa la princesse de Conti a porter officiellement le deuil de sa mère ».

Pour en savoir plus :

Berthière Simone, Les femmes du roi Soleil, 1996 chez l’éditeur Lgf

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