Mondaine et parisienne à la Belle Époque

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Le Bal, James Tissot

“Une terrible catastrophe, dépassant les limites ordinaires des accidents qui accablent les individus et les classes de la société, a frappé hier Paris”

(Le Petit journal, 5 mai 1897)

Lors de la vente de bienfaisance du Bazar de la Charité du 4 mai 1897 à  Paris, un incendie se déclare à l’intérieur du hangar accueillant l’événement. Déclenché par les vapeurs d’éther d’un projecteur cinématographique, le feu se répand rapidement dans la structure. Les stands décorés, élevés grâce à des panneaux de bois, ne résistent pas longtemps à la progression de l’incendie, provoquant un mouvement de panique qui sera fatal aux actrices de la charité. Les deux seules portes de sorties sont très vite bloquées par les corps piétinés qui s’amoncellent peu à peu  au sol . Ne pouvant s’extirper du bâtiment à temps, 119 femmes de la noblesse française, alors vêtues de robes opulentes, périssent dans les flammes. En tout, pas moins de 129 victimes y perdent la vie

Ce spectacle d’horreur marque profondément les esprits de la haute société française où chacun y subit la perte d’une mère, fille, tante, cousine ou amie. Ces « martyrs de la Charité » reflètent l’un des aspects apparents du rôle social des nobles  françaises, l’altruisme. Cette responsabilité est un devoir parmi tant d’autres attendu de ces femmes du fait de leur condition et de leur naissance.

L’activité caritative est un moyen d’afficher l’adhésion de la famille à la société mondaine. Les femmes sont donc indirectement les ambassadrices de la réputation familiale. Le tragique incendie du Bazar de la Charité fait foi de leur bonté morale, et leur donne la responsabilité des œuvres de bienfaisance. 

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bazar de la charité petit journal 1897

Mariage et famille au coeur de la société du Tout-Paris

À la fin du XIXe siècle, l’élite du Tout-Paris se compose  de nobles français, d’aristocrates européens et de riches Américains qui s’unissent par le mariage afin de perpétuer le prestige familial. Le rôle des femmes dans cette structure sociale est essentiel afin de former et de maintenir des connexions  entre les individus sous la lumière de la presse de société.

Cette identité familiale définit la manière dont les mondains font l’expérience de leur vie intime et la façon dont ils  se mettent en scène pour leurs pairs. Le rôle de la femme est alors très stigmatisé. Devenir épouse puis mère, tout en cultivant ses connaissances dans le monde et en s’évertuant à améliorer l’image de son couple, voilà son ordre de mission.

L’union de personnalités parmi les plus en vue dans une société exclusive et hiérarchique, engendre une pression considérable sur les relations entre individus. Il est manifeste que les deux genres tirent de leurs expériences d’enfance comme de leurs réflexions d’adulte un sens profond et défini de leur identité, basé sur l’allégeance politique, la religion, la naissance et le mariage.

Vivre et faire vivre l’espace féminin à la Belle Époque

Les femmes de classes supérieures qui ont suffisamment de ressources et une réputation confirmée peuvent profiter d’un rare niveau d’autonomie et de liberté, un mode de vie considéré très moderne par leurs contemporains.

L’appartement d’une mondaine est un endroit fermé et intime, codifié par le genre et régi uniquement par elle, pour qu’elle y contrôle ce qui s’y passe et qui y est admis. Un lieu privé donc, où la relation du corps à l’espace est très importante.  

C’est en observant la gestion de la demeure de leurs mères, leurs amies ou leurs  parents que les femmes mondaines apprennent à exercer leur pouvoir sur cet espace privilégié. Cet espace solitaire offre aussi à sa propriétaire une indépendance et une autonomie qui l’aident à faire face aux pressions sociales, lui allouant du pouvoir et un contrôle sur la gestion de ses affaires personnelles.

Savoir recevoir ou faire des mondanités ?

Qui dit demeure dit invitation, dîners, soirées. L’espace privé de la Parisienne est aussi un lieu mondain de représentation sociale et de réception où les habiles tentent de tirer leurs cartes du jeu complexe de la séduction humaine.

De fait, l’hospitalité est un critère féminin hautement analysé ; une ambition sérieuse rendue possible par l’éducation croissante des jeunes filles issues de l’aristocratie . Commander le respect et susciter l’admiration sont les maîtres mots de ces rencontres. Les hommes peuvent également accueillir mais la femme reste l’hôtesse principale, ce qui l’aide à  conquérir brièvement un pouvoir social voire politique dans une société profondément patriarcale. 

Ces traditions sociales  prennent place dans les espaces féminins de la résidence, dans le  salon et  le petit salon. Ce qu’on appelait le jour était l’occasion de mélanger les genres et de varier la dynamique des rencontres. L’hôtesse prend soin de respecter les règles de l’étiquette et observe si l’invité fait de même. Une invitation à socialiser chez quelqu’un est une étape sérieuse similaire à la course au réseau professionnel aujourd’hui. Leur but :  consolider leur place au sein de ce cercle de privilégiés. Le devoir de converser lors de ces  rassemblements  explique pourquoi une hôtesse qui sait écouter, et parvient avec aisance à mettre à l’aise ses invités  est alors  respectée et admirée. L’hospitalité est ainsi une expertise confirmée du pouvoir qui met les femmes mondaines en compétition au XIXe siècle.

Le dîner, quant à lui, se targue d’un objectif différent  sur le plan de la relation entre la maîtresse de maison  et ses convives. Ils apparaissent comme  des événements plus exclusifs où l’on sélectionne les invités présents lors du jour. Ce sont des amis proches, des parents et des personnes qui entrent dans l’intimité de l’hôtesse. Après le dîner, accompagnée de  ses invités, elle passe au salon pour les divertissements du soir. Si  les festivités  se poursuivent au théâtre ou à l’Opéra , on appelle cela une soirée. Lors de ces rencontres, les interactions entre les individus se doivent d’être courtoises et prônent la maîtrise de soi en toutes circonstances afin de sauver les apparences.

Se rendre au théâtre, à des concerts ou à des opéras fait partie des passe-temps favoris  de cette élite parisienne. Ces traditions leur  permettent d’embrasser leur statut social où l’étiquette est de rigueur, et ainsi de marquer une distance avec les autres classes sociales. L’adhérence des femmes à l’étiquette les empêchent toutefois de quitter la loge au milieu d’un passage important, ou de générer du bruit. Dans cet espace, seules les connaissances intimes sont  admises.

Jane Austen, qui a fréquenté la société anglaise du début du siècle, proche à bien des égards de sa voisine parisienne, jugeait son époque d’un œil aiguisé. Elle s’amusait ainsi à commenter, dans son œuvre célèbre Orgueil et Préjugés :

“Pourquoi sommes-nous au monde, sinon pour amuser nos voisins et rire d’eux à notre tour ?”

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