L’évolution des services de renseignement au sein de l’armée : une guerre secrète dans un jeu de dupes

Sean Connery, l’un des célèbres interprètes du personnage de James Bond © Dutch National Archives, The Hague, Fotocollectie Algemeen Nederlands Persbureau (ANeFo), 1945-1989

“My name is Bond. James Bond. »

Mentionner l’espionnage militaire, c’est forcément rappeler d’un même souffle les innombrables films et romans d’espionnage qui ont jalonné notre jeunesse et nos imaginaires en grandissant. Si, bien-sûr, il ne prend pas la forme élégante et glamour de nos œuvres et héros préférés : James Bond, OSS 117, Kingsman, une part d’ombre demeure sur la réalité de l’action de ces agents et davantage encore sur ces organes essentiels de notre démocratie qui, plus que des individus, sont surtout des machines aux rouages complexes, constituées de services entiers dédiés à l’information.  

Le monde de la diplomatie et des relations internationales est un jeu de dupes qu’il faut savoir feindre. La guerre se tient aujourd’hui sur tous les fronts et les accords Wilsoniens passés entre États ne sont désormais plus qu’une coopération d’apparat. Loin des affrontements physiques qui ont rythmé notre histoire, on parle plus volontiers de conflit souterrain sur fond d’intrigues politiques et d’impérialisme économique. L’armée se doit aujourd’hui de s’adapter pour assurer sa mission de défense nationale.

La technologie comme instrument de surveillance

La transformation de la nature des conflits a mené à un changement radical dans les missions de l’armée, obligeant certaines unités – voire des régiments entiers – à modifier leurs objectifs, leur équipement et ainsi leur raison d’exister en se détournant parfois de leur histoire et de leur culture.

Ce changement, nous le retrouvons pour le 61ème régiment d’artillerie de Chaumont (61ème RA). Créé en 1910, il se fait remarquer pour ses états de service au cours de  la Première Guerre mondiale. Le surnom donné à ses  artilleurs , les « diables noirs », évoque tant leur courage que  la poudre de canon quasi-indélébile qui se collait à leur visages et vêtements lors des batailles. Depuis 1999, leur rôle a évolué drastiquement, passant de l’utilisation des canons dit “césar”, fleuron de l’artillerie française, à l’utilisation de drones pour mieux  surveiller les lignes ennemies. Les diables noirs apportent aujourd’hui un soutien tactique opérationnel aux unités combattantes par la prise d’images aériennes.

Cette évolution a considérablement influencé la gestion du régiment : pour remplir sa nouvelle mission, l’unité a dû se séparer d’artilleurs non aguerris aux techniques de guerre électroniques.

Le  44ème régiment de transmission de Mutzig s’inscrit dans une logique similaire. Sa fonction première était d’installer les antennes sur le terrain afin d’assurer les liaisons radios dans les zones de guerre. À l’image du 61ème RA, l’unité  a dû se réinventer avec le développement des technologies et le renouveau des moyens de communication. Subordonné depuis au commandement du renseignement, la recherche et l’analyse des écoutes radioélectriques sont désormais ses attributions. Il capte ainsi les communications des pays environnants, de nos voisins européens sans oublier les États du Maghreb, pour mieux se tenir informé de toute évolution économique et militaire. 

Le renseignement humain et l’interface homme-machine

La Guerre froide et toutes les problématiques qu’elle a pu engendrer ont constitué un terreau idéal pour une multitude d’expérimentations en matière de renseignement, à l’Est comme à l’Ouest. C’est dans ce contexte mouvementé que plusieurs entités militaires voient  le jour en France afin de tenir informées plus efficacement les troupes régulières en cas d’intervention. Les Groupes de commandos de montagne relèvent de ce qu’on appelle ici le “renseignement humain”.

Héritiers des Sections d’éclaireurs skieurs (SES) et des Unités de recherche humaine (URH 27), ils infiltrent  les lignes ennemies dans le but de cartographier leurs positions et de les transmettre à l’État-major. D’une nature extrêmement  périlleuse, cette responsabilité  est en général confiée à des troupes de chocs ou des Forces spéciales. Le sacrifice de leurs effectifs est parfois le lourd tribut à payer pour obtenir des informations cruciales.

À noter que le renseignement est loin d’être une activité spécifique à l’Armée de terre. L’aviation a pu,  au cours de ces dernières décennies, développer ses propres techniques. Les commandos parachutistes de l’air (CPA 10) en sont l’illustration par excellence. Créés en 1956 par ordre du Général Alain de Maricourt afin de compléter l’action aérienne au sol en Algérie, les CPA 10 se sont illustrés dans le soutien homme-machine et la récupération de personnels sur le terrain. Leur but n’est aujourd’hui plus d’intervenir physiquement dans un affrontement, comme beaucoup d’autres entités qualifiées Forces Spéciales, mais d’informer et renseigner des unités de destructions plus lourdes en guidant, par exemple, les frappes aériennes. L’humain est donc de plus en plus mis au service de la machine – et non l’inverse !

Vers la fin des unités de combat ?

Les régiments combattants, unités séculières qui ont fait la renommée et la fierté de l’armée, tendent aujourd’hui à se réinventer face à l’évolution des conflits et des menaces extérieures.

Les conflits armés ne sont plus liés  aux  risques d’invasion militaire d’un État mais bien de conquête, dans tous les domaines assurant l’indépendance et la stabilité d’une nation comme l’économie, les sciences et plus particulièrement les technologies et l’emploi.

La question centrale  dans cette guerre de l’information ne concerne pas tant les données récoltées mais bien leur analyse qui peut s’avérer compliquée. De fait, les services de renseignements sont aujourd’hui aux abois et peinent à recruter des analystes et des linguistes. Le monde de la guerre et de l’information demande un savoir-faire et des connaissances de plus en plus poussés. C’est donc un travail de formation et d’apprentissage qui s’impose au gouvernement afin d’anticiper certaines problématiques sur le long terme. Face à une complexification des affrontements et des conflits, puiser dans l’armée semble être une solution limitée. La guerre n’est plus du fait de l’affrontement où les hommes croisent le fer mais bien une guerre de l’esprit ou chaque agent se doit d’avoir une compétence particulière sur l’échiquier ; le  simple pion est aujourd’hui une entité obsolète dont le sacrifice n’est utile que pour révéler la position de l’adversaire et non plus le piéger afin qu’une pièce plus forte le brise.

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