Clara Schumann. Une virtuose romantique au XIXème siècle.

Portrait de Clara Schumann

« Il règnera chez nous une obscurité de rêve, il y aura des fleurs aux fenêtres, des murs bleu pâle, des gravures, un piano à queue et, là, nous nous aimerons unis dans une profonde fidélité. Tu me guideras avec beaucoup de douceur, tu me diras mes erreurs. Mais quand je serai dans la bonne voie, tu me les diras aussi et je ferai de même pour toi. Tu aimeras Bach en moi, en toi j’aimerai Bellini. » écrit Robert Schumann à sa fiancée, Clara Wieck, en janvier 1838.

Le jeune couple, séparé après que le père de la pianiste se soit opposé à leur union, n’ont plus que les mots pour s’assurer l’un l’autre de leur amour éternel. Lorsque coucher leur sentiment sur le papier ne suffit plus à exprimer ce qu’ils ressentent, leur musique prend le pas. Plus que jamais, les deux talentueux compositeurs incarnent un certain idéal à une époque où le courant romantique est à son apogée. Clara est déjà reconnue comme une pianiste de renom et envoûte toutes les scènes d’Europe. Elle participe à faire mieux connaître les pièces de Schumann en les interprétant régulièrement. Pour beaucoup, la jeune femme demeure l’une des plus grandes interprètes de sa génération. Ses compositions émerveillent tout autant les plus grands compositeurs. Liszt comme Chopin, pour ne citer qu’eux, ne tarissent pas d’éloges à son égard. À une époque où il est difficile pour les femmes de se frayer une place dans un univers dominé par les hommes, Clara Schumann a su se distinguer par sa virtuosité. 

Pourtant, pendant plusieurs décennies après la mort du couple Schumann,  beaucoup ne retenaient de Clara que son rôle d’épouse dévouée et son histoire d’amour romanesque. Il faut attendre les années 1970 pour que des musiciens s’emparent définitivement de son œuvre et lui redonnent ses lettres de noblesse.

Clara Schumann, l’enfant prodige de la musique

Clara Wieck voit le jour à Leipzig un 13 septembre 1819. Tout semble prédestiner l’enfant à naviguer dans un univers musical. Professeur de piano de renom, son père décèle très vite son potentiel et lui apprend à dompter l’instrument. Dès l’âge de six ans, la jeune Clara devient une habituée des récitals. Tous se pressent pour voir la jeune prodige égrener de ses longs doigts les notes des plus fameuses pièces du moment. En témoignent les propos dithyrambiques tenus par le grand-duc de Saxe-Weimar-Eisenach après avoir assisté à l’une des ses performances en 1831. Il affirme alors « pour la première fois, [s’être surpris] à admirer avec enthousiasme un talent précoce. » 

Tout au long de son enfance, Clara est amenée à rencontrer les plus grands musiciens. Nombre d’entre eux se rendent chez elle pour avoir la chance de suivre l’instruction de son père. C’est dans ce contexte qu’à tout juste huit ans, elle fait la connaissance de Robert Schumann, de neuf ans son aîné. De cette rencontre naît une profonde amitié. 

Deux ans plus tard, la pianiste publie ses premières compositions, Les quatre Polonaises

Clara et Robert Schumann, une histoire d’amour aux élans romanesques

Les années passent et notre talentueuse pianiste se laisse subjuguer par le talent immense de Robert. Huit ans après leur rencontre, la voilà éprise du jeune compositeur. Hélas, deux obstacles de taille se dressent face à leur idylle : Schumann est déjà fiancé à la pianiste Ernestine von Fricken. Le père de la jeune femme voit également d’un mauvais œil cette possible union. Selon lui, Robert ne pourrait pas subvenir suffisamment aux besoins de sa fille et lui permettre de poursuivre son art, ne gagnant alors pas suffisamment bien sa vie. Ces épreuves ont été autant de sources d’inspiration pour leurs compositions respectives. Parallèlement, Clara poursuit ses récitals et est même nommée le 15 mars 1838 kammervirtuosin, virtuose de chambre. 

Malgré les difficultés, le couple tient bon. Robert brise les nœuds qui le lient à Ernestine en 1836. Deux ans plus tard, il convoque son futur beau-père au tribunal. Le verdict est sans appel : Friedrich Wieck se voit dans l’obligation de lui céder la main de sa fille. Le mariage est célébré le 12 septembre 1840 à Schönefeld. Les liens filiaux qui le rattachent à son enfant semblent alors irréparables. Plusieurs années vont s’écouler avant que le père et la fille ne mettent leurs différends de côté. 

Une compositrice rapidement rattrapée par la réalité

Tout semble à présent aller au mieux pour les époux Schumann. Cependant, Clara est vite rattrapée par une réalité qu’elle ne connaissait pas, ayant toujours été protégée par son père. En effet, ce dernier lui avait épargné les tâches ménagères et autres contingences matérielles. Rien à ses yeux ne devait détourner Clara de l’apprentissage du piano. Seulement, sa nouvelle vie est toute autre. La jeune femme doit désormais tenir son rôle de maîtresse de maison. Plus encore, peu de temps après leur mariage, une progéniture nombreuse vient à apparaître. Huit enfants naissent ainsi de leur union en à peine treize ans. De plus, les époux ne possèdent qu’un seul piano, ce qui rend plus ardu une pratique équitable de l’instrument. Malgré cela, leur amour l’un pour l’autre demeure inébranlable. Clara est la muse inconditionnelle de Robert et les quelques morceaux qu’elle crée au cours de cette période sont souvent à destination de son mari. Bien qu’elle ne trouve presque plus le temps pour composer, Clara poursuit ses concerts, les revenus de son époux ne suffisant pas à faire vivre convenablement leur famille. Sa présence est toujours autant demandée sur les plus grandes scènes du vieux continent. Au total, ce ne sont pas moins de 1 300 concerts qu’elle effectue entre 1831 et 1889. Les familles royales, à l’image des Habsbourg ou des Saxe-Cobourg-Gotha, en raffolent. Même enceinte, il lui arrive de continuer à exercer son art. 

En 1853, le couple fait la connaissance de Johannes Brahms. De solides liens d’amitié naissent entre eux. Brahms en vient même à écrire des aires en l’honneur de la compositrice, tels que sa Sonate n°2 en dièse mineur, élaborée l’année même de leur rencontre.

Robert Schumann sombre dans la “folie”

Les choses se compliquent lorsque la “folie” de Robert Schumann – il s’agit en réalité d’une dépression – prend des allures plus qu’inquiétantes. En 1854, le compositeur tente de se suicider en se jetant dans le Rhin. Après cette tentative ratée, il prend la décision d’être interné à l’asile des aliénés du docteur Richarz. Tout au long de cette période, Clara Schumann peut compter sur le soutien de Brahms qui vit un temps avec elle à Düsseldorf. Robert Schumann meurt en internement deux ans plus tard. Une page importante de la vie de Clara se tourne. Elle est désormais veuve, après seize ans de vie commune. Afin de pouvoir maintenir le train de vie de sa famille, la pianiste poursuit de plus belle ses tournées. Celles-ci sont une occasion de plus pour elle de rendre hommage à l’œuvre de son mari. Malgré ce tournant dans sa vie, elle fait néanmoins le choix de ne presque plus revenir à la composition, se consacrant pleinement à son travail d’interprète. Comme en témoigne son journal, elle en est venue à douter de ses qualités de compositrice, en raison de son statut de femme. 

À partir de 1878, elle donne des cours de piano au Conservatoire de Francfort. Elle devient alors la seule femme à y enseigner. C’est dans cette même ville qu’elle s’éteint le 20 mai 1896. 

Un commentaire

  1. Je suis pianiste et j’ai l’intégrale de son oeuvre, mais je n’ai pas encore le niveau, je suis sur Chopin et Bach en ce moment, ainsi que Debussy. En parcourant mon Blog vous pourrez voir des morceaux que j’ai travaillé et des concerts avec la Chorale, entre autres choses; Je n’ai pas fait d’articles depuis longtemps car je m’étais fracturé le poignet et ça faisait mal pour écrire.

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