Pierre Simonet, l’aviateur du 8 mai

Pierre Simonet et ses camarades d’aviation assistent à un debriefing © Archives Pierre Simonet

Le 5 novembre 2020, la France entière apprend la mort de Pierre Simonet, à l’âge de 99 ans, à Toulon. Devenu compagnon de la Libération par le décret du général de Gaulle du 27 décembre 1945, il était l’un des trois derniers membres de l’Ordre à être encore en vie. A la suite de la mort de l’ancien secrétaire de Jean Moulin, Daniel Cordier, le 20 novembre dernier, seul Hubert Germain demeure. 

Grand-croix de la Légion d’honneur, compagnon de la Libération, croix de guerre avec sept citations, membre de l’Ordre de l’Empire britannique… Mais qui était donc Pierre Simonet, jeune homme engagé dès le 1 juillet 1940 aux côtés des Français Libres à trois mois de son dix-neuvième anniversaire ? 

C’est sur sa formidable épopée jusqu’en 1945 et la libération de la France sur laquelle nous allons nous arrêter.

Un engagé de la première heure

Né à Hanoï le 27 octobre 1921 alors que son père y exerçait la fonction d’ingénieur des travaux publics, Pierre Simonet poursuit ses études de mathématiques à Bordeaux lorsque la guerre éclate le 3 septembre 1939. Trop jeune pour s’engager militairement, il suit depuis la “ville blonde” la débâcle de l’armée française et de ses alliés lors de la campagne de France face à l’avancée allemande. Ce désastre frappe le monde entier de stupeur : l’Hexagone était connu jusqu’alors pour posséder l’armée la plus puissante du monde. Le 14 juin 1940, le Sydney Morning Herald titre “L’ombre de la tyrannie s’est maintenant étendue sur la France, une des lumières de la civilisation s’est éteinte.” Paris vient d’être prise. 

Simple tour du destin : c’est à Bordeaux que Pierre Simonet assiste, comme tous ses habitants, à l’arrivée désordonnée du gouvernement de Paul Reynaud le 14 juin 1940. Deux jours plus tard, se sentant de plus en plus isolé, le président du conseil démissionne. Il est remplacé dans la foulée par son vice-président, Philippe Pétain, connu alors de la plupart des Français comme le vainqueur de Verdun. Le verdict tombe : dès le lendemain, le vieux maréchal annonce, “le cœur serré”, par la voix des ondes, “qu’il faut cesser le combat”. Le sang du jeune étudiant ne fait qu’un tour. Il lui est impensable de déposer les armes face au Troisième Reich. À seulement 18 ans, il prend la décision de poursuivre la lutte. Entendre le discours du général de Gaulle le 18 juin le conforte dans ses convictions. Embarqué sur le Baron Kinnaird à Saint-Jean-de-Luz le 24 juin 1940, le voilà parti rejoindre Londres. Peu de temps après son arrivée à Liverpool, le 1 juillet, il rejoint les rangs d’une France Libre encore balbutiante. Refusé dans l’aviation qui ne prend que des personnels qualifiés, il est alors affecté dans l’artillerie du fait de ses connaissances mathématiques. Il participe dès le mois suivant à sa première opération d’envergure, l’opération Menace. Par son déploiement, les Alliés espèrent, tout en ralliant à leur cause les forces françaises basées en Afrique Occidentale, récupérer l’or laissé par la banque de France à Dakar. La mission se révèle être un échec complet. Contre toute attente, l’Afrique occidentale française (AOF), représentée par le gouverneur général Boisson, refuse de se détourner du régime de Vichy et de son chef. Les pourparlers aboutissent à un véritable affrontement naval du 23 au 25 septembre. Aux côtés des Britanniques, les Français libres se retrouvent à combattre leurs compatriotes, restés fidèles au maréchal Pétain. 184 civils et 560 militaires y perdent la vie. À la suite de cette opération, les liens unissant le régime de Vichy à l’occupant se resserrent.  

La participation active de Pierre Simonet aux combats ne s’arrête toutefois pas à cette tentative infructueuse. Après un bref arrêt avec son unité au Cameroun, qui vient de se rallier à la France Libre, le voilà reparti de plus belle. 

Une présence aux opérations clefs de la France libre au Levant et en Afrique du Nord

Le jeune homme apparaît présent sur plusieurs des opérations clefs au Levant et en Afrique du Nord qui contribuent à légitimer le rôle joué par la France Libre aux yeux des Alliés : que ce soit lors de la campagne de Syrie aux mois de juin et de juillet 1941 à la suite de laquelle il intègre le 1er Régiment d’artillerie des FFL (1er RAFFL) nouvellement constitué en tant que brigadier ou celle de Libye de janvier à juin 1942, il est remarqué pour sa bravoure. Son engagement au cours de la bataille de Bir-Hakeim (27 mai-10 juin 1942) va jusqu’à lui valoir deux citations. Au cours de cet affrontement auquel la France Libre a joué un rôle primordial, l’artillerie, à laquelle se rattache Pierre Simonet, a permis d’empêcher les blindés allemands de percer le front. De même, Pierre Simonet se bat aux côtés de la 8ème armée britannique en mai 1943 à Takrouna contre l’Afrika Korpes

Un observateur aérien aguerri 

Un piper cub américain en plein vol, 1944, Archives © Armanet

Le mois d’avril 1944 et le lancement de la campagne d’Italie marque son retour sur le vieux continent après plusieurs années à affronter les troupes allemandes, vichystes et italiennes au Levant et en Afrique du Nord.  Le Français libre change de poste et devient à cette occasion observateur aérien sur avion léger. Avec quatre années de retard, sa requête émise en 1940 d’intégrer l’aviation est enfin agréée. A la suite du débarquement de Provence auquel il participe le 16 août 1944, il poursuit la tâche qui lui est confiée à bord de son piper cub sur le territoire français ; aux alentours de Toulon jusqu’au Nord de la métropole où il est amené à participer à la campagne d’Alsace à partir de janvier 1945. Méthodique, le jeune homme remplit sa mission d’observateur avec beaucoup de précision. Ses repérages aident notamment les Alliés à identifier deux batteries au nord de la France. Les actions qu’il mène pour la France Libre lui valent alors d’accéder au grade de sous-lieutenant. Il retourne à nouveau au mois d’avril 1945 en Italie où il participe à la libération de Coni. Comme il le racontait à Jean-Charles Deniau au cours d’un documentaire diffusé sur Public Sénat, il est même parvenu une fois à arrêter de peu une catastrophe fort fâcheuse lorsqu’il se trouvait en Italie : « Après la libération de Rome, les Allemands avaient décroché, et on ne savait plus très bien jusqu’où ils étaient partis. Je décolle, et je survole une petite route sur laquelle nos fantassins s’étaient déjà engagés. À ce moment-là je reçois un coup de téléphone de mon régiment : Les Américains demandent la permission de tirer sur ce village, je dis ne tirez surtout pas nous y sommes ! » se remémorait-il. 

Le 8 mai 1945, pour fêter la victoire, Pierre Simonet survole aux côtés de deux autres piper cubs, sans autorisation, le champ de Mars, s’amusant à passer à plusieurs reprises sous la tour Eiffel.

Une fois la guerre terminée, il fait le choix de quitter l’armée pour retourner au monde civil. Il devient par la suite administrateur et est amené à sillonner le monde au gré de ses différents postes. Mais ceci est une autre histoire. 

Note 1 : Un piper cub est un avion léger, utilisé lors de la Seconde Guerre mondiale pour effectuer des vols d’observation. Il pouvait transporter le pilote et l’observateur. Pour améliorer son champ de vision, l’observateur aérien pouvait ouvrir en vol la porte de son appareil.

Note 2 : L’illustration en première page provient du site du Musée de l’Ordre de la Libération

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s