Des livres pour réfléchir ou s’évader pendant le confinement

©pixabay josealbafotos

Le confinement est un facteur important d’isolement social et d’incertitudes pour bon nombre d’entre nous. Passé l’enthousiasme des premiers jours qui nous permettent de nous actualiser sur les films et les séries que nous avions bon espoir de découvrir, comment ne pas se laisser habiter par l’anxiété toute la journée dans notre quinze mètres carré en espérant que le virus finira par mourir de lui-même ? Quand les bonnes résolutions sportives et intellectuelles laissent place à une envie irrépressible de dormir jusqu’à la fin de la pandémie, il est temps de se ressaisir et d’attraper un bon bouquin pour s’évader en attendant des jours meilleurs. Plus que jamais, la lecture nous permet de voyager, de transgresser les règles du temps et d’oublier l’espace d’un instant notre quotidien. Saisissons donc cette chance qui s’offre à nous !

Afin de vous sortir de votre déprime saisonnière, nous avons concocté pour vous une liste de dix livres qu’il vous sera possible d’acquérir via vos libraires locaux (eh oui, c’est important de soutenir les commerces), entre grands classiques de la littérature et œuvres plus récentes.

Les suggestions de Cécile

Christelle Dabos : La Passe-Miroir (Tome 1 à 4)

Pour ma part, j’ai découvert ce livre au détour d’une étagère chez un libraire. J’ai été interpelée par la couverture qui montre une île flottant au milieu du ciel. Au final, quel heureux hasard, puisque j’ai dévoré les trois premiers tomes en deux semaines et que je m’apprête à finir le quatrième tome (que je me suis empressée d’aller chercher quelques heures avant le début du confinement, pour moi il n’était pas question d’être enfermée dans mon appart sans !).

Avec la série La Passe-Miroir, Christelle Dabos renouvelle complètement le genre de la littérature fantasy : en effet, l’univers de ce roman peut s’enorgueillir de ne ressembler à aucun autre. L’héroïne principale s’appelle Ophélie. Maladroite, renfermée, c’est une petite binoclarde aux lunettes rondes qui se sent plus proche des objets de son musée que des gens qui l’entourent. Contre son avis, elle est fiancée à l’austère et désagréable Mr Thorn du clan du Pôle. Loin d’une histoire romancée et à l’eau de rose, Christelle Dabos nous embarque dans une aventure colorée et magique parmi les arches familiales d’un monde étonnant. Vous ne pourrez être qu’agréablement surpris.e.

Elena Ferrante : L’Amie prodigieuse (Tome 1 à 4)

Comme beaucoup de gens, j’ai été sensible à la campagne autour de ce livre, bien souvent très mis en avant dans les librairies – et à raison ! Difficile de n’être pas charmé.e par la justesse d’écriture d’Elena Ferrante, par la beauté de chaque personnage dont elle dessine l’humanité sans détours.

La saga de l’Amie prodigieuse, c’est l’histoire honnête d’une amitié passionnelle entre Elena et Lila, deux jeunes filles, à travers les yeux d’Elena. Merveilleusement écrit, ce roman vous plongera dans le quotidien d’un quartier populaire de Naples dans les années 50. Elena Ferrante, auteur mystérieuse dont l’identité véritable n’est pas connue, semble comprendre parfaitement la psyché féminine et offre un portrait psychologique extraordinaire d’Elena, son personnage principal. Partagée entre sa jalousie et son admiration sans bornes pour sa comparse dont elle se rapproche et s’éloigne inévitablement tout au long de sa vie, elle se construit par ce lien conflictuel. Ferrante a le don de rendre le mondain passionnant, et je ne peux qu’encourager les lecteurs indécis qui n’auraient pas encore sauté le pas à lire son œuvre.

Romain Gary : La promesse de l’aube

Blasphème pour les lecteurs de classiques, c’est le film avec Pierre Niney qui m’a dirigée vers le livre. C’était une excellente découverte, et il m’a paru absurde que je ne me sois pas penchée sur cette oeuvre avant.

La promesse de l’aube est l’histoire d’un amour démesuré et d’une interdépendance excessive entre un fils dépassé et sa mère extravagante et possessive. Bien sûr, il s’agit d’un classique mais l’éloge ne se perd pas : merveilleuse et poétique, Romain Gary y livre la plus belle des déclarations d’amour à sa mère. Elle est immigrée polonaise, rêve de s’installer en France et elle place en son fils toutes les ambitions.

« Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours.« 

Delphine de Vigan : Rien ne s’oppose à la nuit

C’est une collègue et amie qui m’a conseillé ce livre, sans doute parce qu’elle savait que je m’y retrouverais, comme tous les enfants qui ont eu à vivre des relations conflictuelles avec leurs parents.

Delphine de Vigan y dépeint sa relation avec sa mère, Lucile, et à travers cette relation c’est sa propre histoire intime qu’elle livre. Sa famille, en apparence modèle, est entourée et se construit de non-dits, de secrets qui n’en sont pas mais qu’on tait pudiquement pour ne pas faire de remous. Lucile, qui a dû s’édifier en tant que femme dans cet environnement douloureux, en garde les séquelles qui la torturent jusqu’à son geste fatidique, quand la souffrance devient trop importante à porter. Cette oeuvre est personnelle, profonde et tragique.

Joseph Kessel : L’armée des ombres

Je ne sais plus ce qui m’a poussée à lire ce livre en particulier. Sans doute une promenade impromptue dans un magasin Fnac et un désir inexpliqué de lire du Joseph Kessel, que je connais très mal et dont je n’avais lu que Le Lion au collège. Il ne me reste aujourd’hui presque aucun souvenir de ce Lion, mais l’oeuvre est fidèlement installée dans ma bibliothèque et n’attend, semble t-il, qu’un retour entre ses pages.

L’armée des ombres est un ensemble de témoignages de la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale, romancés et rendus anonymes. Le roman met en lumière ces hommes et ces femmes de l’ombre qui, dans l’obscurité des caves, sur les chemins et jusque dans les prisons, ont refusé d’abdiquer face à l’envahisseur et ont défendu avec courage et détermination la France, ses valeurs et son indépendance. Il s’agit d’un manifeste de la résistance, et d’histoires vraies. À l’image de Si c’est un homme de Primo Levi, L’armée des ombres est une lecture indispensable.

Akiyuki Nosaka : La tombe des lucioles

J’ai trouvé La tombe des lucioles dans l’une de ces bibliothèques de rue où des inconnus entreposent des livres pour que d’autres inconnus en profitent. C’est là qu’il est retourné après ma lecture, ma vengeance personnelle pour avoir pleuré est bien évidemment de partager les larmes avec d’autres innocents.

La guerre et encore la guerre : dans un Japon impérial à l’agonie, un frère et une soeur tentent de survivre malgré la violence du conflit, les incendies, la faim, le froid, la maladie et la peur. Orphelins, livrés à eux-mêmes, les deux protagonistes restent profondément humains d’empathie et d’amour. Solidaires jusqu’au bout, La tombe des lucioles montre surtout la lutte d’un frère prêt à tous les sacrifices pour permettre à sa petite soeur affaiblie de vivre. Poignante, cette nouvelle tragique rappelle les horreurs indicibles des guerres et que les enfants sont bien souvent les premières victimes lors des conflits armés.

Les suggestions de Madeleine

Andreï Makine : L’Archipel d’une autre vie

Alors que jusqu’à présent, j’étais d’avantage attirée par les classiques, ce magnifique roman d’Andreï Makine m’a fait redécouvrir et apprécier la littérature contemporaine. L’auteur nous transporte en URSS, à une époque où la guerre froide se ressent encore énormément. Aux côtés du personnage principal, nous partons dans une course-poursuite effrénée, traquant sans relâche un fugitif à travers la taïga. Bien que l’ouvrage se déroule au moment de la guerre froide en Sibérie, nous pouvons ressentir une certaine intemporalité dans sa narration, comme si l’action était figée hors du temps. Par ces rebondissements incessants, par le réalisme brillant de ses personnages, reflet en somme de ce que peut être l’espèce humaine dans ses bons et ses mauvais côtés, ce livre vous tient en haleine jusqu’à la fin. Ce chef-d’oeuvre m’a redonné l’envie d’écrire. 

Jung Chang : Les Cygnes Sauvages

J’ai pu découvrir cet écrit de Jung Chang cet hiver grâce à ma grand-mère paternelle qui me l’a donné pour Noël. J’ai toujours été intriguée par la Chine et son histoire, bien que mes connaissances sur la question soient restées relativement limitées jusqu’à aujourd’hui, à l’exception, peut-être, de l’histoire récente d’Hong-Kong.

Partant de l’époque des seigneurs de guerre, ce livre retrace en particulier trois destins : celui d’une grand-mère, d’une mère et d’une fille, l’auteur elle-même. Cet ouvrage possède de nombreuses qualités. Tout d’abord, le fait qu’il dépeigne le portrait de trois femmes relativement indépendantes par rapport aux autres femmes de leur âge. Ce roman autobiographique nous donne un aperçu de la manière dont les femmes ont été longtemps considérées en Chine mais également l’évolution de leur place à l’aube de la République populaire de Chine. Ensuite, le fait qu’il permette de mieux saisir l’histoire complexe de la Mandchourie et des désastres que cette région a pu traverser, que ce soit sous l’occupation japonaise, le Kuomintang puis le parti communiste.

Pour finir, ce livre donne une porte d’entrée sur ce que peut signifier l’embrigadement pour une population entière, ficelée par une propagande rudement menée et par un culte absolu du président Mao, que l’auteur va jusqu’à qualifier « d’empereur Mao ».

Comme le fait remarquer Jung Chang en racontant son adolescence, ce culte prenait une part tellement importante dans sa vie qu’elle en venait à culpabiliser et à réaliser sa propre auto-critique dès qu’elle pouvait mettre en doute certaines actions du régime. Bien que subjectif à certains égards, ce livre est une excellente introduction pour quiconque voudrait en apprendre plus sur l’histoire contemporaine de l’Empire du milieu.

Timothée de Fombelle : Tobbie Lolness (Tomes 1 et 2)

En troisième choix, je propose Tobbie Lolness de Timothée de Fombelle. Bien qu’un roman jeunesse, ce livre peut facilement se lire à tous les âges. Il nous transporte dans un imaginaire, dans la vie d’un peuple minuscule dont toute la société est installée dans un arbre. Point positif de ce livre : il nous propulse directement au coeur de l’action. Fugitif, le personnage principal, Tobbie Lolness, doit fuir. Peu de temps auparavant, sa famille avait été exilée dans les basses branches après que son père ait refusé de livrer une invention scientifique sous la pression du dictateur de l’arbre, Jo Mitch. Riche en rebondissements, ce roman parvient à nous faire réfléchir sur des thématiques écologiques, morales et sur ce qu’est une dictature grâce à une intrigue magnifiquement menée.

Composé de deux tomes, il parvient à allier tout ce que j’aime : de l’action, du suspens, un monde planté dans un décor assez mystérieux et débordant d’imagination, un brin d’humour, des personnages attachants et ne cessant d’évoluer. Bien que basé sur un univers fictif, les différentes problématiques que l’auteur aborde n’en demeurent pas moins extrêmement contemporaines. 

Alexandre Dumas : Les Trois Mousquetaires

En bonus, je prendrais bien entendu la trilogie des Trois Mousquetaires. Pourquoi cette trilogie ? Tout simplement parce que grâce à elle, j’ai compris ce qu’aimer lire voulait vraiment dire. C’est en passant des nuits blanches à suivre les aventures d’Athos, Porthos, Aramis et d’Artagnan que je me suis prise de passion pour le règne de Louis XIV. Encore aujourd’hui, il s’agit de trois des livres qui me touchent le plus. Peu d’auteurs selon moi arrivent aussi bien à dépeindre des personnages avec une telle complexité. À travers ces ouvrages, nous suivons l’évolution de nos quatre héros, les erreurs et les actes de bravoure qu’ils sont amenés à accomplir à une époque qu’ils ne parviennent ni à maîtriser ni à comprendre complètement ; où ils peuvent se sentir tiraillés entre leur devoir, les valeurs qui sont les leurs, leur soif de reconnaissance parfois et l’amitié indéfectible qui les lie. Je conclurai en notant une légère préférence pour Le vicomte de Bragelonne qui clôt ce magnifique cycle.

Et vous, quelles sont vos plus belles lectures ? N’hésitez pas à partager vos recommandations en commentaires !

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