Pierre Brossolette, le courage de résister

Pierre Brossolette à Londres, entre 1942 et 1944

« La gloire est comme ces navires où l’on ne meurt pas seulement à ciel ouvert mais aussi dans l’obscurité pathétique des cales. C’est ainsi que luttent et que meurent les hommes du combat souterrain de la France. Saluez-les, Français ! Ce sont les soutiers de la gloire » déclarait Pierre Brossolette sur la BBC le 22 septembre 1942.

Le 27 mai 2015, Pierre Brossolette fait son entrée au Panthéon aux côtés de Germaine Tillion, de Geneviève de Gaulle-Anthonioz et de Jean Zay. Il rejoint dans la crypte un autre martyr de la Résistance, Jean Moulin, figure de la Libération de la France, son frère en héroïsme, son rival politique. Aujourd’hui encore, à la suite des attentats terroristes s’étant abattus sur la France, l’importance de son combat et des valeurs qu’il défendait demeure bien actuelle. La liberté d’expression qu’il incarnait de par sa profession nécessite plus que jamais d’être défendue. 

Nombre d’entre vous se sont sans doute demandés qui était ce combattant de l’ombre. Qui est donc cet homme ayant été proposé pour le Panthéon dès 1964 mais auquel le général de Gaulle a préféré Jean Moulin ?

Pierre Brossolette : de la radio à la Résistance

Engagé dans la Résistance dès la première heure, Pierre Brossolette se fait remarquer immédiatement pour son impressionnante maîtrise de l’art oratoire. Sorti deuxième de l’agrégation d’Histoire de l’école normale supérieure, issu de la prestigieuse Khâgne de Louis le Grand où il a suivi les cours d’Alphonse Roubaud, il s’engage comme journaliste et se fait reconnaître pour ses prises de position indépendantes à la radio. Il devient alors l’une des voix les plus entendues sur les ondes françaises. En septembre 1938, il se démarque par sa prise de position à l’encontre du nazisme lors des accords de Munich, à contre-courant de la position relayée par la majorité des médias français. Ce fait d’arme entraine son renvoi de Radio PTT. Un épisode qui ne l’empêche pourtant pas de continuer son combat. Au contraire.

Dès l’armistice du 22 juin 1940 et la soumission du maréchal Pétain et du régime de Vichy à l’Allemagne nazie, il intègre l’un des premiers réseaux de résistance : celui du musée de l’Homme. Nous y retrouvons les deux femmes ayant été intronisées au Panthéon avec lui : Geneviève de Gaulle-Anthonioz (nièce et filleule du général) et l’ethnologue Germaine Tillion. Il y occupe notamment la place de rédacteur en chef du journal clandestin, Résistance. Hélas, dès 1941, le réseau est dénoncé. La majeure partie de ses membres est arrêtée. Sept d’entre eux sont fusillés au Mont Valérien, à l’image de Jules Andrieu ou de Boris Vildé le 23 février 1942. D’autres sont déportés tels que Germaine Tillion ou Émilie Tillion, sa mère. Pierre Brossolette est l’un des rares rescapés. Le journaliste poursuit ses activités clandestines, en particulier au sein de la Confrérie Notre-Dame, placée sous les ordres du colonel Rémy.

Fausse carte d’identité de Brossolette, établie au nom de Philippe Baron en 1939.
© Archives nationales, 3AG2/42 et 72AJ/2215 

À partir de 1942, il multiplie les aller-retours entre Londres et la France comme représentant de la Résistance auprès du général de Gaulle. Il devient, à cette occasion, avec Maurice Schumann, l’une des voix phares des Français parlent aux français sur la BBC. Parallèlement, sous les noms de code de Pedro, de Paul Briant ou encore de Brumaire, il poursuit l’unification des mouvements de la Résistance intérieure aux côtés de ”Max”, ou de ”Rex” (noms de code de Jean Moulin). Ses actions font de lui l’un des Français les plus recherchés des services de police de l’Hexagone et de la Gestapo. L’unification des mouvements de résistance de la zone Nord  (l’OCM notamment) et de la zone Sud (Combat par exemple) est donc permise en partie grâce à lui. Il devient le point de rencontre entre la Résistance intérieure et extérieure. Le 17 octobre 1942, l’homme de l’ombre est fait compagnon de la Libération par le général de Gaulle.

Connu pour ses divergences avec Jean Moulin et  le chef de la France libre (par exemple sur la préservation ou non des anciens partis politiques), ces dissensions expliquent, qu’à la mort de Rex en 1943, le général lui ait préféré Emile Bollaert comme délégué général du Comité français de la Libération nationale auprès du CNR. Par ce choix, ce dernier annonce préférer l’unité à une rénovation trop radicale.

Le 3 février 1944, ou le grand coup de filet de la Gestapo

Le 3 février 1944, Pierre Brossolette est arrêté alors qu’il tentait de rejoindre Londres avec Emile Bollaert. N’ayant pas été reconnu dans un premier temps – il teint sa célèbre mèche blanche par peur de voir sa véritable identité découverte – il reste dans la prison de Rennes pendant un mois. Cependant, sa couverture finit par éclater au grand jour lorsqu’un message codé faisant état de son arrestation est intercepté par les Allemands. Il est dès lors transféré au siège de la Gestapo de Paris avenue Foch. Il est alors l’un des combattants connaissant le mieux l’organisation des mouvements de résistance depuis la mort sous la torture de Jean Moulin.

Malgré l’acharnement de ses bourreaux, l’homme de l’ombre refuse de parler. Il finit par se suicider pour  être sûr de ne rien révéler à la Gestapo, le 22 mars 1944. Réduit à l’état de loque, il rampe jusqu’à la fenêtre qui éclaire la soupente dans laquelle on l’a emprisonné, se hisse et se défenestre alors que son gardien s’est absenté quelques instants. Son sacrifice aura permis la sauvegarde de centaines de vie.

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