La tradition du portrait présidentiel aux États-Unis : de George Washington à Barack Obama

S’opposant par sa décision à plus de 40 ans de tradition, Donald Trump a annoncé en mai 2020 qu’il ne dévoilerait pas, pour des raisons inconnues, le portrait de Barack Obama à la Maison Blanche. Pourtant, comme le veut habituellement la coutume, le président au pouvoir accueille pendant son mandat son prédécesseur afin de découvrir son portrait ainsi que celui de son épouse, un geste que Barack et Michelle Obama avait perpétué en 2012 lors du dévoilement du portrait des Bush. Par conséquent, Obama pourrait attendre jusqu’en 2025 pour voir son portrait rejoindre celui des présidents précédents, si Donald Trump venait à être réélu en 2020.

La Maison Blanche expose les portraits de chaque président élu depuis George Washington. Ces portraits officiels sont commissionnés par l’Association Historique de la Maison Blanche, une organisation à financement privé fondée en 1961. Les artistes sont choisis par l’ancien président et sa femme. Quand l’œuvre est terminée, elle est offerte à la Maison Blanche où elle est exhibée. Il n’est pas rare que les présidents exposent dans le Bureau Oval les portraits de leurs prédécesseurs favoris.

Le portrait présidentiel, une tradition vieille de plus de deux siècles

La tradition des portraits présidentiels américains débute en 1796. Elle est introduite au travers de la représentation iconique de George Washington par le peintre Gilbert Stuart. L’œuvre, très symbolique, associe des motifs de la Rome antique à des emblèmes américains. George Washington est peint dans un costume de velours noir simple et porte à sa main gauche une épée d’apparat qui figure le gouvernement démocratique – en opposition aux gouvernances tyranniques que sont la monarchie ou la dictature militaire. Nous pouvons au passage remarquer, à sa droite, les Federalist papers ainsi qu’une plume et du papier, symboles de l’État de droit.

Comment ne pas également citer le fameux portrait du président Theodore Roosevelt. En 1902, l’artiste français Théobald Chartran est commissionné pour peindre le président. Malheureusement, la production finale déplait énormément à Roosevelt qui la cache dans un recoin obscur de la Maison Blanche afin que personne ne puisse la contempler. Quand ses proches surnomment l’œuvre « the meowing cat », le chat qui miaule, pour son air inoffensif, il la fait détruire définitivement, vexé. L’année suivante, Roosevelt est un homme affairé qui n’a pas le temps pour un second portrait. John Singer Sargent est engagé pour à son tour tenter de le représenter et le suit dans toute la maison blanche afin de réaliser des croquis, sans succès. C’est quand il fait remarquer, agacé, au Président, les difficultés qu’il rencontre, que ce dernier s’appuie sur la balustrade de l’escalier. La pose emblématique est enfin trouvée et le président est satisfait de cette allure régale et masculine.

Le portrait posthume de Kennedy : le début d’une rupture ?

John Kennedy par Aaron Shikler, 1971

Pendant longtemps, le portrait présidentiel est demeuré une affaire discrète. Cependant, le portrait de John F. Kennedy par Aaron Shikler, peint quelques années après sa mort, se détache très nettement des autres représentations présidentielles. Les bras croisés, les épaules courbées, le visage assombri et tourné vers le bas, l’oeuvre s’oppose aux représentations habituelles d’un homme au regard clair et pénétrant. L’observateur ne peut donc s’empêcher de voir un parallèle entre la posture fermée du président, son visage sombre et son départ prématuré en 1963.

L’artiste se défend cependant de cette représentation en 1971 : « Je l’ai peint avec la tête baissée, non pas parce que je le vois comme un martyr, mais parce que je voulais le montrer comme un président qui réfléchissait ».

Le choix audacieux mais clivant de l’art contemporain par le couple Obama

En 2018, Michelle Obama fait le choix d’être peinte par l’artiste Amy Sherald. Dans la même lignée, Barack Obama est représenté par Kehinde Wiley. Il s’agit-là de deux peintres afro-américains. Ces décisions, loin d’être anodines, s’inscrivent dans la logique d’une appropriation de l’espace pictural artistique et particulièrement de l’art du portrait par les minorités.

Le portrait de Michelle Obama est coloré, presque plat et rappelle l’univers des cartoons. Elle est représentée flottante, devant un fond bleu, sans paysage. Au dessus du spectateur, régale, élégante, dans une grande robe qui rappelle l’art abstrait, elle est montrée contemplative. La première dame est féminine tout en s’affranchissant du male gaze, le regard masculin, une théorie qui veut que la plupart des représentations de la femme aujourd’hui l’assujettisse au désir de l’homme. Sa féminité est représentée comme une source de pouvoir. Sa peau a été peinte en grisaille c’est à dire un procédé faisant usage d’un camaïeu de gris.

Barack Obama est quant à lui présenté assis sur une chaise, devant un écran de feuillage dont il fait presque partie. Tout comme le portrait de son épouse, on retrouve une impression de plat, et la chaise est le seul élément apportant de la perspective. Moins majestueux que Michelle, il est élégant mais peu formel. L’artiste a très clairement cherché à le montrer dans son humanité ainsi que profondément ancré dans la terre. Les fleurs qui ornent l’arrière-plan représentent aussi son identité, entre le Kenya, Hawaï et Chicago.

Ces portraits ont été clivants pour l’opinion publique : on a reproché, par exemple, au président, de ne pas poser à côté du drapeau américain, ou devant un bureau.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s