Exposition : Je mange donc je suis, enquête dans le monde de l’alimentation

Du 16 octobre 2019 au 7 juin 2020, le Musée de l’Homme a accueilli l’exposition Je mange donc je suis et invite les visiteurs à explorer les enjeux contemporains de l’alimentation. Clin d’œil à la locution latine « Cogito ergo sum » de Descartes (dont le crâne fait partie des collections permanentes), le titre dévoile le fil conducteur de la déambulation et met en exergue la prégnance de l’alimentation dans notre quotidien, et à travers cette alimentation l’importance de nos choix alimentaires. Je mange donc je suis restitue des recherches menées par les scientifiques du Museum national d’Histoire naturelle. Retour sur cette visite.

Manger « bien » : oui, mais comment ?

L’humain se retrouve aujourd’hui confronté à un enjeu majeur dans la révolution alimentaire : l’idée du manger « bien ». L’exposition s’interroge en partie sur la signification du « bien » : doit-il désigner le plaisir gustatif, le goût ? Ou au contraire le sain, le nutritif, l’acte de faire du bien à son corps ? Ou encore ce bien est-il lié aux questionnements éthiques qui entourent désormais l’art de la table, à savoir le rapport à l’environnement et à l’accès aux ressources, au bien-être animal, et l’aspect sociologique du respect du producteur et de l’artisan ?

Nous sommes ce que nous mangeons

L’exposition se décompose en trois actes : le premier, Corps et nourriture, interroge le rapport physiologique du corps et de l’alimentation. Les objets sont exposés dans un décor organique rougeoyant et théâtral. De la nourriture préhistorique à la fabrique du goût, le visiteur est encouragé à examiner les liens multiples, innés et acquis, qui existent entre notre corps et ce que nous mangeons. Certains peuples ont par ailleurs pu associer à des aliments quelques vertus magiques, du simple grog à la poudre de momie ! Je mange donc je suis esquisse également un pas vers une histoire sociale des représentations pour l’homme et la femme, et se demande comment notre environnement culturel forme nos goûts et nos dégoûts. En effet, l’alimentation est profondément genrée, et si nous préférons inconsciemment attribuer aux femmes les mets délicats, les hommes se tourneront plus volontiers vers des aliments virils roboratifs.

Alimentation et culture, la culture de l’alimentation

Le deuxième acte nous plonge dans les Cultures comestibles, à comprendre comme la façon dont les sociétés envisagent l’alimentation et la manière dont la culture se crée par la table ; entre interdits alimentaires culturels et religieux, étiquette de table et de cuisine, et constitution d’une identité communautaire ou nationale autour d’un patrimoine culinaire collectif. La nourriture est ici exposée comme un facteur de lien, de convivialité, souvent traditionnel, rassemblant les hommes autour d’un imaginaire et d’une identité commune.

Des œuvres de Picasso, Barbier et Bolin ont été choisies pour présenter la nourriture non plus simplement comme un produit sensoriel olfactif et gustatif mais aussi visuel, motif d’histoire de l’art. Incitant des codes de présentation et de représentation particuliers, l’alimentation induit par conséquent la conception d’ustensiles esthétiques : assiettes en céramique, verres en cristaux… Dont la forme et le style peuvent varier d’un pays à un autre. On peut par exemple admirer le service Duplessis aux oiseaux, créé à Vincennes en 1758 par l’orfèvre Ciambellano.

L’exposition rappelle également que l’alimentation possède un aspect profondément politique – le repas gastronomique français a par exemple été enregistré sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en 2010. Les plats de l’Élysée font partie d’un rituel diplomatique lors de la réception de hauts dignitaires étrangers. Le menu se trouve porteur de prestige national, symbole du patrimoine culturel et occasionnellement de conceptions idéologiques, comme ce fut le cas en 2015 quand le président iranien se vit refuser un déjeuner sans vin.

Une œuvre imposante clôt la visite de cette salle : une fontaine de chocolat fondu, s’écoulant sur des confiseries, des gâteaux et des fruits rouges. « Malheureusement, tout est faux » déplore une guide auprès d’un groupe d’enfants déçus.

La révolution alimentaire : un enjeu primordial pour les sociétés d’aujourd’hui et de demain

C’est dans un décor jaune criard rappelant l’univers des supermarchés que le visiteur est accueilli pour cette dernière étape de réflexion : Consommer la nature. Les couleurs donnent le ton, d’un côté on présente les végétaux et les graines sur un étalage vert et de l’autre, en rouge, la viande. L’exposition questionne la provenance de nos aliments, le rapport à notre environnement et les conséquences de notre mode de consommation et de production pour la planète, les sociétés et les autres êtres vivants avec qui nous partageons la Terre. L’œuvre photographique Hiding in the City, Paris II, Meat Factory de Liu Bolin présente de manière particulièrement graphique des dépouilles bovines et l’artiste camouflé savamment parmi elles et interroge la place de l’homme dans le règne animal et dans la chaine de production. Quelques mètres plus loin, on trouve Liu Bolin dissimulé parmi les bouteilles de sodas, dénonçant la « malbouffe ». Indirectement, le visiteur est invité à tirer ses propres conclusions et à adopter

Une consommation responsable et locale.

Sous des allures parfois enfantines et une médiation largement destinée aux plus jeunes, l’exposition Je mange donc je suis ne parvient pas tout à fait à accomplir son pari et s’attache souvent trop superficiellement à des sujets qui mériteraient un traitement plus approfondi. On regrette un choix de communication qui ne parlera que peu voire pas aux plus âgés. Cependant, les différentes activités et manifestations autour de l’événement (banquets, conférences, commentaires de grands chefs français) participent à dynamiser l’exposition.

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